Milan, entre création et valeurs sûres

salon Milan
Le Salon du meuble de Milan 2019, la 58e édition, a fermé ses portes sur un nouveau succès de fréquentation éclatant, en s’approchant des 400 000 visiteurs, nouveau record pour une année impaire (avec Euroluce). Pour les fabricants français et internationaux, il s’agit d’un rendez-vous incontournable non seulement pour le grand export, mais aussi pour communiquer à tous les acheteurs et prescripteurs sur un bien toujours plus précieux : leur ADN et leur culture de marque.

Le grand rendez-vous de tous les mobiliers – à condition qu’ils présentent au moins une qualité de fabrication ou une créativité, et qui réunissent souvent les deux – a tenu toutes ses promesses. Du 9 au 14 avril, ce sont plus de 386 000 visiteurs qui ont arpenté les allées du Parc des expositions de Rho – Milan, ce qui représente une augmentation de 12 % par rapport à la dernière édition comparable, avec la tenue des salons du luminaire Euroluce et du mobilier de bureau Workplace 3.0, en 2017. Ce flux ininterrompu de visiteurs du monde entier – même si certains exposants ont pu avoir l’impression d’une fréquentation moindre, en comparant avec la dernière édition qui comprenait Eurocuccina – est venu découvrir les offres à la fois différentes et complémentaires des 2400 exposants, dont 34 % de non italiens en provenance de 43 pays : mobilier et siège moyen haut de gamme, mobilier design de grands éditeurs, sans oublier un nouveau secteur dédié aux projets de design d’espace, S.Projects, dont la pertinence en termes de multisectorialité et de synergies a été saluée par les visiteurs et les exposants.

 

Meublant : les leaders répondent présent

Milan est une vitrine exceptionnelle pour les fabricants de meublant du monde entier, comme le montre par exemple Natuzzi Italia, l’un des leaders italiens du secteur. Pour fêter ses 60 ans d’existence, l’industriel a confié au designer Mauro Lipparini la conception d’un stand à dominante très « nature », en hommage à la région des Pouilles et à la ville d’Apulia, où a commencé son aventure industrielle en 1959. Cet anniversaire ouvre une nouvelle ère pour l’entreprise, avec la nomination comme directeur artistique de Pascale Natuzzi Junior, le fils du fondateur, et le lancement sur le salon de nouveaux produits auxquels il imprime déjà sa marque : la collection pour la chambre à coucher Ergo (design Ross Lovegrove), inspirée des formes naturelles, toutes en lignes essentielles et matériaux durables, ou encore la collection pour le living-room Dandy (design Marcel Wanders), qui marie les influences du voyage avec celles du mobilier traditionnel du berceau italien de la marque. Pour les leaders français du meublant, Milan est un incontournable : « Ce salon est le « hub » mondial pour tous ceux qui veulent se développer à l’export lointain, explique Philippe Moreau, directeur général de Temahome. 70 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’international dans 40 pays – avec pour premier marché les États-Unis – et 70 % via le e-commerce. Milan, où nous exposons pour la sixième fois, nous permet de faire le point avec l’ensemble de nos distributeurs, magasins physiques et enseignes du web. » Le fabricant met en avant son double savoir-faire de fabricant, avec les produits mélaminés fabriqués en France, et les produits en placage bois naturel et laque fabriqués au Portugal – par exemple l’étagère Albi – pour proposer « des produits contemporains aux lignes épurées, moyen haut de gamme, pour permettre à chacun de composer librement son intérieur, partout dans le monde. » Le salon est tout aussi stratégique pour Gautier, qui peut y rencontrer ses clients distributeurs du monde entier, ainsi que des candidats à l’ouverture de points de vente en franchise, à l’export ou en France. « Après une année 2018 compliquée, le début d’année est nettement plus positif, relève David Soulard, de directeur général de l’entreprise. Nous sentons que, dans un contexte qui reste incertain, les clients recherchent un produit rassurant et authentique, notre carte du 100 % made in France, avec une fabrication respectueuse de l’environnement, et une garantie 10 ans de nos produits, est très porteuse. » Autre signe des temps, l’entreprise a mis en avant sur son stand son offre Gautier Pro pour les marchés de projets, notamment l’hôtellerie, à destination des architectes et prescripteurs qui visitent en nombre le salon.

 

Une esthétique bois dominante

Même sur un salon à connotation très contemporaine, on constate que le matériau bois continue d’être plébiscité, que ce soit sous forme de mélaminé, de placage ou même de bois massif. C’est ce que montre la collection 2019 de la marque belge Ethnicraft, lancée sur le salon, une synthèse d’authenticité, d’artisanat et de simplicité. Des valeurs qui se traduisent dans les nouvelles tables ronde Mikado, et rectangulaire Nexus, avec son piétement en chêne massif aux lignes organiques, ou encore le buffet Stairs (design Alain Van Havre), dont les façades aux arêtes saillantes créent un effet de relief changeant en fonction de l’angle de vision. Le bois de placage est au centre du savoir-faire du fabricant allemand Gwinner, qui l’utilise magnifiquement pour donner à ses enfilades et meubles composables une identité forte liée aux finitions à la fois brutes et mates, à base de vernis à l’eau. Un savoir-faire qui restitue la présence naturelle du matériau, comme par exemple dans la grande nouveauté de 2019, la collection Misano. Il est à noter que le fabricant, qui est présent chez les spécialistes ameublement en France, propose aussi des produits avec des façades très contemporaines en verre laqué.

Le bois peut bien sûr être associé à d’autres matériaux, comme le fait le fabricant français du Pays Basque Alki, réputé pour son expertise en ébénisterie dans le travail du chêne massif. Exposant cette année indépendamment de la collective du GEM, le fabricant a lancé une toute nouvelle gamme d’assises, Atal, conçue avec le studio de design suédois Form Us With Love. La collection s’organise autour d’une seule et même coque en bois, associée à un piétement en tube métallique, qui est inclinée et positionnée de façon différente dans l’espace pour obtenir du fauteuil lounge au tabouret, en passant par différentes formes de chaises empilables. Autre nouveauté marquante, le fauteuil de bureau Lan (design Iratzoki & Lizaso) associe des fonctionnalités ergonomiques et une esthétique bois et tissu conforme à l’ADN de Alki. Enfin, le meublant d’aujourd’hui c’est aussi une forte tendance sur le mobilier industriel, qui associe le bois dans un traitement brut et le métal pour les piétements de tables et les structures des meubles de rangement, dans un esprit « atelier » ou « loft ». Dans ce registre, on a vu sur le salon les produits Agora, une marque qui monte et se développe notamment dans le négoce traditionnel en France, grâce à une large gamme de produits qui utilisent beaucoup de matériaux recyclés – bois exotiques, acier… – tout en leur insufflant une touche inspirée notamment dans les finitions créatives, qui permettent de les différencier sur un marché où l’offre est pléthorique.

 

Siège : le confort personnalisé au pouvoir

Le salon de Milan est bien entendu une place forte pour les nombreux fabricants de sièges rembourrés italiens. Sans pouvoir être exhaustif, on pourra mentionner la présence de deux entreprises implantées dans la cité historique de Matera en Lucanie, dans le sud du pays, qui ont surfé sur son statut de capitale européenne de la culture en 2019. La première est Egoitalia –dont le slogan est de « satisfaire l’égo du client » – créée en 2007, et qui exporte aujourd’hui ses créations exclusives dans une quarantaine de pays. Sur un stand aux couleurs de la Lucanie, Egoitalia a notamment lancé le canapé inclinable Selfy, personnalisable grâce à de nombreuses options, dédié avec malice à l’utilisateur qui ne veut pas partager son temps de relaxation, et le modèle L’Ego (design Giulio Manzoni), une assise composable grand confort dont les dossiers amovibles peuvent être positionnés à sa guise. Son stand de 550 m2 accueillait aussi un ensemble de compléments d’ameublement, tables de salon, tapis, vases et luminaires, et la collection capsule Egolab, créée en collaboration avec la marque Parden’s. Quant à la seconde, il s’agit de Calia Italia, dont la création plus ancienne remonte à 1965, qui s’appuie sur un savoir-faire tapissier artisanal, et exporte ses créations dans pas moins de 80 pays. Le lancement le plus important de la marque a été la collection Mater Familias, construite pour illustrer l’idée que la mère est bien l’élément central de la famille, une esthétique féminine qui se décline en sofa, dormeuses et fauteuils, et le canapé Art Nouveau, un modèle contemporain qui est une relecture du Chesterfield. Autre représentant de l’industrie italienne du siège, Satis, implantée à Quarrata près de Florence, a été cette année récompensé pour sa quarantième participation d’affilée au salon de Milan. Ce spécialiste du canapé personnalisable, notamment avec des options relaxation, a joué cette année la carte de l’innovation technologique, en lançant sur le salon la première commande vocale qui réagit à un ordre transmis oralement pour déplier ou replier le repose-pied.

Pour le fabricant espagnol Pedro Ortiz, qui emploie environ 110 salariés à Yecla (Murcie), le salon a été l’occasion de réaffirmer sa capacité à proposer des canapés qui vont très loin dans la personnalisation, à travers un choix de largeurs pour chaque élément qui se rapproche du sur mesure. Au rang des nouveautés, on trouve Ashley (design Sylvain Joly), un canapé de relaxation aux lignes très étudiées, avec motorisation en option, et assise articulée ou fixe, et Priscilla, un canapé modulaire grande largeur avec composition d’angle. Ce modèle intègre un travail de design sur la partie arrière, ce qui permet d’en faire un élément esthétique pour la séparation de l’espace dans les living-rooms de grandes dimensions. Autre représentant de l’industrie espagnole, Acomodel, qui compte environ 130 salariés sur son site également implanté à Yecla (Murcie), joue également la carte de la relaxation, avec la mise en œuvre de mécanismes exclusifs, et de la personnalisation très poussée, en offrant des produits très évolutifs avec des options de confort très nombreuses. Dans sa collection 2019, le fabricant met l’accent sur les produits d’esthétique très contemporains, comme par exemple Silvana, un canapé composable en formes droites ou en angle, avec dossier réglable, et garnissage en plume synthétique, auquel son piétement métallique donne une grande légèreté de lignes.

 

L’édition française bien représentée

Enfin, la créativité française s’exprime aussi par le biais de ses éditeurs, à commencer par le plus prestigieux, Roche Bobois, qui reste l’un des modèles dans l’exportation de nos savoir-faire en matière de fabrication et de design. L’entreprise a proposé un stand presque entièrement consacré à la collection Nativ, imaginée par le designer Raphael Navot, qui a l’originalité de faire dialoguer la maîtrise géométrique et les formes organiques. Une approche qui s’exprime à travers notamment la bibliothèque Curiosity, une surprenante accumulation graphique de niches, inspiré du cabinet de curiosité du XVIe siècle, et réalisée en chêne, qui peut garnir un mur ou séparer harmonieusement des espaces, mais aussi le programme d’assises Underline et la suspension Fly. De création beaucoup plus récente, Coédition poursuit ses développements de collections avec pour nouveautés la table basse Star (design Olivier Gagnaire), avec piétement en métal laqué et plateau en marbre, ou encore les tabourets bas ou haut très structurés en chêne massif signés Marco Zanuso Jr. Parmi ceux que l’on appelle encore « jeunes éditeurs », La Chance se distingue par un engagement dans le design et une prise de risque dans l’édition de produits au caractère fortement trempé. Un ADN qui s’exprime par exemple dans le fauteuil Block (design Jonas Lutz), structuré par deux blocks de noyer en guise d’accoudoir, enserrant une assise et un dossier en peau de mouton, le tout reposant sur des pieds colonnes en laiton, qui est un hommage à l’esthétique du mouvement brutaliste. Un nouveau rendez-vous avec la création est d’ores et déjà pris au salon du meuble de Milan du 21 au 26 avril 2020.

photos salon milan

 

La collective du GEM répond présent

Composée de quatre entreprises créatives, dont deux exportateurs confirmés – Soca et Matière grise – et deux nouveaux entrants – Lafuma Mobilier et Objet de curiosité – le stand collectif du GEM a parfaitement rempli son rôle de représentation du design français et d’accueil pour les visiteurs soucieux d’informations sur notre marché. « Il est essentiel pour nous d’être présents à Milan, comme nous le faisons depuis 25 ans, pour entretenir notamment notre réseau d’architectes, et exprimer à notre manière le design français », déclare Jacques de Mascureau, directeur général de Soca. L’entreprise nantaise exposait notamment Infinite Man, un concept de « bulle » isolée phoniquement pour les espaces collectifs, ainsi que la bergère néo-classique Frizz et son Ottoman (design Thierry d’Istria). Spécialisée dans le mobilier métallique, Matière grise a exposé sa nouvelle collection 2019, notamment le salon modulable Hegoa (design Luc Jozancy), et les tables basses Linea (design Dan Yeffet). Pour la première année, tous les exposants français du salon lui-même et du off ont pu bénéficier d’une visibilité sur le site internet Ohlala design in France (ohlala-design.fr), conçu par le ministère de la Culture avec l’Institut français de Milan, en partenariat avec Business France, et en collaboration avec l’Ameublement français et le French design by Via.

 

Himolla lance le concept Himolla Design

Le fabricant allemand de sièges de relaxation premium a profité de l’affluence du salon pour lancer le nouveau concept Himolla Design. « Notre marque reste fidèle à son ADN qui repose sur la qualité de fabrication et la notion de confort liée à la fonctionnalité, mais en parallèle, nous développons des modèles avec une approche de plus en plus design, notamment pour nous tourner vers une clientèle plus jeune », explique Eric Thomas, le nouveau directeur des ventes internationales. Cette stratégie se traduit par Himolla Design, un nouveau concept d’implantation à destination des distributeurs, qui comprend à la fois de nouveaux modèles design et une approche spécifique sur le plan du merchandising. Ce nouveau concept s’adresse à la fois aux concessionnaires actuels de la marque, et à de nouveaux profils de distributeurs très orientés mobilier contemporain, dans le respect d’un principe d’exclusivité. Le nouveau programme Lounger, caractérisé par un dossier haut, une motorisation multiple pour un réglage anatomique très poussé, et des épaisseurs très fines qui font disparaître la fonction relaxation au profit du design, illustre parfaitement ce nouveau concept.

  • Editeur : Le courrier du meuble et de l'habitat //
  • Auteur :  //
  • Date de parution : 02 mai 2019
  • Site web : https://courrierdumeuble.fr
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